Soutenance de thèse : l’open en sciences

Après quatre années de doctorat, Célya Gruson-Daniel, co-fondatrice de HackYourPhD soutiendra sa thèse le jeudi 15 novembre à 15h au Centre de Recherches Interdisciplinaires. La thèse s’intitule :

Numérique et régime français des savoirs en~action : l’open en sciences.
Le cas de la consultation « République numérique » (2015).

La thèse présentera entre autres le cheminement personnel de Célya Gruson-Daniel pour questionner ses propres convictions initiales sur l’open science et ainsi parvenir à dresser un panorama des différentes significations que revêt la formule open aujourd’hui.

La soutenance est publique et vous êtes toutes et tous convié.e.s. Il vous suffit de remplir le questionnaire en suivant ce lien.

Voici ci-dessous le résumé de thèse. La thèse sera accessible en libre accès après la soutenance et fera l’objet par la suite d’un projet de remix au sein de HackYourPhD

Au plaisir de partager ce moment avec vous.

Numérique et régime français des savoirs en~action : l’open en sciences. Le cas de la consultation « République numérique » (2015).

Cette recherche prend la forme d’une enquête au sein des milieux de production des savoirs français contemporains et vise à comprendre les différentes significations du terme open en sciences. J’ai considéré le qualificatif open comme une formule. L’analyse de ses traductions en français (ouvert, libre, gratuit), tout autant que des noms qui lui sont associés (science, data, access), constitue le fil directeur de mon étude. Cette enquête, qui a débuté en 2013, s’est surtout centrée sur un évènement particulier, la consultation sur le projet de loi pour une République numérique (septembre-octobre 2015), en particulier l’article 9 sur « le libre accès aux publications scientifiques de la recherche publique ». Cette consultation en ligne a donné une envergure nationale et publique aux problématiques d’accès aux savoirs. En tant qu’épreuve de réalité « équipée » d’un dispositif numérique participatif, elle a été l’occasion d’observer presque « en direct » la défense de différentes conceptions de « ce que devrait être » le régime contemporain des savoirs en France.

M’inscrivant dans une démarche par théorisation ancrée, j’ai constitué progressivement, à propos de ce moment particulier de cristallisation des débats sur l’open en sciences, un corpus de documents reflétant le déploiement des échanges sur des espaces/dispositifs numériques distincts : site web de la consultation, blogs scientifiques, revues académiques, médias « grand public », rapports. Les mouvements itératifs de cette enquête, alliant méthodes numériques (réalisation d’une cartographie de similarité des votes) et analyse qualitative du corpus, tout autant que les concepts théoriques mobilisés à la croisée entre sciences de l’information et de la communication et sociologie pragmatique de la critique, ont donné lieu à une modélisation.

Cette dernière expose les perspectives argumentatives et les stratégies dans l’épreuve mises en œuvre par diverses parties prenantes pour faire valoir leurs conceptions. Elle montre qu’elles sont sous-tendues par des logiques que j’ai rattachées à des esprits successifs du régime français des savoirs. Par la suite, en passant de la modélisation à une théorisation transposable à d’autres terrains de recherche, je montre comment, derrière les discours sur l’open, la distinction entre deux logiques (technoindustrielle ou processuelle) peut être pertinente pour analyser les reconfigurations actuelles d’autres agencements sociétaux. Les stratégies dans l’épreuve employées lors de la consultation illustrent dans ce sens la coexistence de deux conceptions « numériques » de la démocratie (représentative étendue ou contributive), présentes dans le design même de la plateforme consultative.

Dans la dernière partie, je propose d’expliquer les dynamiques de reconfiguration d’un esprit et d’un agencement sociétal dans une interprétation énactive en considérant les couplages permanents entre cognition, actions médiées par les technologies et environnement sociotechnique. L’expérience même du doctorat narrée tout au long de ce récit constitue aussi l’exemple d’un processus d’énaction sur mes propres conceptions de l’open. En ce sens, elle ouvre une piste de réflexion sur la nature située et incarnée de toute production de savoirs, qui n’échappe pas aux limites tout autant qu’aux potentialités de la métacognition.

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