[Du 9 au 20 août 2013] Open Science à Montréal et Boston : une histoire de bulles

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Après la Californie et l’Oregon, Montréal puis Boston ont été les premières étapes sur la côte Est. Montréal fut un passage éclair mais riche en remarques pertinentes sur le mouvement Open Science. Pour Boston, c’est surtout la ville mitoyenne, Cambridge, qui a été le terrain d’investigation. En effet, les allers-retours ont été nombreux entre les deux fameuses universités de la ville : le MIT et Harvard. Lors de ces deux étapes, j’ai eu l’impression de naviguer entre des bulles très différentes. Certaines d’entres elles, étaient certes innovantes mais semblaient très éloignées des problématiques de l’Open Science. D’autres en revanche font naître des initiatives des plus rafraîchissantes tant du point de vue des contenus que de leurs formes.

Montréal : Sortir de sa bulle de confort 

HackYourPhD aux States a fait un court détour par le Québec. 4 jours éclairs à Montréal, 2 présentations et de nombreux questionnements soulevés.

Le Libre Accès avec Jean-Claude Guédon

A peine sortie de l’avion, je passais ma première après-midi à discuter de Libre Accès (Open Access) avec Jean-Claude Guédon, historien des sciences à l’université de Montréal. Pour lui, la visibilité et l’évaluation du travail de recherche devraient s’inscrire dans un flux et non pas se limiter aux publications scientifiques. Lors de notre entretien, il rappelait également l’importance et l’espoir qu’apporte le développement de plateformes Open Access dans les pays du Sud notamment avec ScieELO (Brésil) et Redalyc (Mexique).

HEC Montréal :

Montréal a été un passage éclair mais cependant riche en apprentissage. Pour la première fois, depuis le début de HackYourPhD, nous avons eu la chance, Guillaume Dumas et moi même, co-fondateurs du projet, d’être réunis pour les réunions et les présentations. Deux profils complémentaires qui ont permis de répondre à des questions de personnes sceptiques face au mouvement de l’Open Science.

En effet, la présentation à HEC Montréal face à des étudiants et chercheurs orientés business et économie a été des plus enrichissantes. Nous avons rencontrés des profils différents de ceux des chercheurs sensibilisés aux problèmes du système de la recherche actuelle (financement, pression pour la publication etc…) ou bien déjà familiarisés à l’Open Science. Ici, notre audience découvrait pour une grande partie ce concept et demandait des précisions sur chaque terme. Des questionnements intéressants ont été fait notamment sur la définition même de Science et de Recherche et de la durabilité du mouvement de l’Open Science. « Le mouvement des communs, de l’Open Science n’est il pas juste un sujet à la mode qui sera balayé dans quelques années ? »

Faire face à ces questions a été une étape importante, car elles ont rappelé la nécessité de faire des recherches sur l’Open Science mais aussi sur d’autres mouvements tels que l’économie collaborative. Il s’agit de les étudier, les comparer, pouvoir puiser dans l’histoire des sciences pour comprendre les mécanismes de collaboration à travers les siècles. Une autre piste serait de modéliser de telles organisations. Cela apporterait un éclairage sur ce que nous vivons et aiderait certainement à leur durabilité.

L’expérience de Montréal nous a donc offert la capacité de s’aventurer dans des mondes de pensées et de réflexions différentes. S’adresser à des personnes qui ne sont pas déjà convaincues d’un tel mouvement, et sortir de sa bulle de confort, permet toujours d’avancer tant que les critiques restent constructives.

MIT et Harvard : des bulles toujours des bulles

Une petite dizaine d’heures de bus, la frontière américaine franchie à 1h du matin, me voici arrivée à Boston. Cette ville et ces alentours possèdent une concentration impressionnante de College et Universités. Notamment à Cambridge, avec l’université d’Harvard et le MIT (Massachussetts Institute for Technology)

MIT et Medialab : de l’innovation dans un univers bien particulier

Questions de bulles ? Une jolie bulle découverte est celle du MIT et du Medialab.

J’ai passé deux après-midi au Medialab. Une doctorante du Tangible Media Group, XiaoXiao a été une guide hors pair. Du 3ème étage jusqu’au sous-sol, j’ai découvert une caverne d’Ali Baba, mêlant imprimante 3D, robots, lego piano et objets non identifiés. Voici ici le résumé en son et en image dans ce storify.

Medialab celyagd

Medialab : changing places

Les lieux et les projets découverts ont été des plus inspirants mais j’ai été surprise des discussions que j’ai eues avec quelques chercheurs. Cela reste un ressenti personnel, mais l’Open Science semble pour eux un sujet très lointain. L’innovation est bien présente dans les projets présentés mais pas dans les processus de recherche en eux mêmes. Les préoccupations de financement et de sponsors communs à tous les laboratoires de recherche sont aussi ceux du Medialab. Les chercheurs interviewés ne seraient pas contre partager leurs données et leurs articles. Mais à ce jour, cela leur prendrait trop de temps ou impliquerait trop de risques vis-à-vis de leur financement.

Dans un autre laboratoire du MIT, je découvrais l’équipe de the Little Devices  dont le cœur de métier est le Do It Yourself. Il mette au point un ensemble de kit pour construire un matériel technologique à bas prix dans le domaine de la santé : le solar clave pour désinfecter des outils de chirurgie, le test de grossesse DIY, un vaporisateur marchant avec une pompe à vélo…

Quantified self ECG

Ces kits sont ainsi distribués dans des pays en voie de développement. J’ai posé la question de l’Open Hardware :

Pourquoi ne pas partager les plans du matériel utilisé pour que les personnes puissent construire elle-même ces kit ?

Pour ce laboratoire, l’Open Hardware n’est pas d’actualité. Cela affaiblirait les facteurs de compétitivité  avec  d’autres labos et diminuerait les possibilités de financements.

Après quelques rencontres au MIT, j’ai eu l’impression d’être dans une bulle, où des idées et des projets innovants germent tout en restant dans un système de recherche traditionnel et ultra compétitif.

L’université d’Harvard, quelques stations de métro plus loin, a été l’occasion de faire une rencontre bien différente.

Harvard : the Dataverse Network Project et la question des licences en Open Data

Au sein de l’Institute for Quantitative Science, une équipe est dédiée à un projet 100% Open Science : The DataverseNetwork Project. Il s’agit d’une plateforme qui permet à n’importe quel chercheur de partager, archiver ses données mais aussi de les citer et réutiliser. Elle intègre différentes fonctionnalités créant de judicieuses interconnexions avec d’autres champs de l’Open Science.

Mercè Crosas, la directrice du projet travaille sur les questions d’Open Data depuis une dizaine d’année. Notre discussion a notamment porté sur la question des licences.

Lors du voyage, j’ai été en effet surprise de voir que la question des licences pour données était un sacré casse–tête.  Pour l’instant, la plupart des instituts, des universités sont en tâtonnement pour savoir quelles licences utiliser.  Les avis divergent et la situation reste floue notamment sur les données en lien avec des humains. Le projet Privacy tools dont Merce fait partie apportera sûrement différentes pistes dans les prochains mois. Pour en savoir plus, voici l’article publié sur EducPros.

Boston et ses alentours sont un espace privilégié pour poser ces questions mais aussi expérimenter de nouvelles solutions. Différents projets alliant médecine et biologie se développent dans ce sens.

L’écosystème de Boston et ses environs : une bulle orientée médecine et Sciences de la Vie

Lors de ces quelques jours, j’ai rencontré de nombreuses personnes impliquées dans des projets en lien avec la santé et la médecine. Différentes approches mettant en jeu des données de patients sont développées.

C’est le cas par exemple du Personal Genome Project (PGP), lancé en 2005, au sein de l’école de médecine de Harvard. Le PGP propose à des volontaires de séquencer leur génome et de rendre ouvert ces données à toutes et à tous. Les 3 « O » Open Source, Open Access and Open Consent font la base du projet selon Jason Bobe. Ces données appartiennent ensuite au domaine public sans être anonymisées. Le parti pris de PGP est résumé dans cette phrase :

« Privacy, confidentiality and anonymity are impossible to guarantee in a context like the PGP where public sharing of genetic data is an explicit goal. Therefore, the PGP collaborates with participants willing to waive expectations of privacy. »

A savoir;

« La vie privée, la confidentialité et l’anonymisation ne sont pas garanties dans un contexte tel que le Personal Genome Projet, où le partage des données est la mission première. C’est pour cela que le PGP travaille avec des volontaires acceptant de renoncer à ces paramètres. »

 

Open Research exchange est  un autre projet dans le domaine de la médecine. Développé par la startup « Patients like me », cette initiative instaure un véritable travail d’équipe entre chercheurs et patients. Des questionnaires de santé sont proposés par des chercheurs. Les patients y répondent en apportant leurs retours pour que les versions successives soient les plus adaptées possibles. Elles peuvent ainsi être utilisées par la suite à plus grande échelle grâce à une licence creative commons. Partager ces questionnaires et pouvoir les réutiliser est un point crucial du projet comme le rappelle Shimon Rura dans cette interview.

 

Avec H@cking Medecine,  ce travail mêlant différents acteurs va encore plus loin. Cette initiative organise des hackathons dont le but est d’inventer des solutions innovantes dans le domaine de la santé.  Ils mêlent à la fois des médecins, des data scientists, (chercheurs spécialisés dans la gestion et l’analyse des données), des designers, des étudiants, et des entrepreneurs. Les hôpitaux de Boston participent notamment à ce projet pour mettre à disposition de manière sécurisée des jeux de données.

 

Les hôpitaux de la ville semblent jouer un rôle majeur dans le développement d’initiatives Open Science. Par exemple Domeo ou Cell Stem commons d’autres projets que j’ai découverts sont soutenus par le Massachussets General Hospital.

 

Cette semaine à Boston m’a fait découvrir un écosystème d’une grande richesse regroupant des hôpitaux, des  instituts de Biologie tels que le Wyss Institute, des universités, des start-ups. Le potentiel créé est énorme et souvent porté par des étudiants, des doctorants, de jeunes chercheurs ou encore des entrepreneurs.  Cet écosystème donne, dès aujourd’hui, et donnera dans le futur des initiatives hybrides où les barrières entre milieux académiques et privés deviendront de plus en plus poreuses. Ce qu’il manque peut être c’est une articulation entre ces différents projets, qui vivent aussi dans leur bulle et oublient parfois que la fédération de différentes initiatives aux valeurs communes est une clef pour l’Open Science.

Suite des réjouissances : NewYork, avant dernière étape de cette grande boucle des Etats-Unis…

 Merci à Matthieu LeChanjour pour sa précieuse relecture. :)

2 thoughts on “[Du 9 au 20 août 2013] Open Science à Montréal et Boston : une histoire de bulles

  1. Merci pour ce billet Célya !

    Je me demandais ce qu’entend Jean-Claude Guédon par les processus d’appropriation ? Uniquement les temps de rédaction et de publication ou inclut-il les passations d’un thésard à un autre (ou à un postdoctorant) ou autre chose ?

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