[Du 21 au 28 août 2013] New York : au coeur de communautés Open Science

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3 heures de route de Boston et me voici à New York. C’est parti pour 7 jours dans cette cité cosmopolite avec des rendez-vous aux 4 coins de la ville. La Grande Pomme m’a montré une autre facette de l’Open Science. L’Open Science dans cette ville semble se trouver à la jonction de différents mouvements citoyens, artistiques, technologiques. Voici quelques projets que je souhaitais vous faire partager. Qu’on les rattache aux termes de science citoyenne, science participative ou citizen science, l’importance est qu’ils facilitent l’ouverture et l’interaction de la Science avec d’autres sphères.

Mozilla Science Lab : Quand les communautés Open Science et Open Web se rencontrent..

Premier rendez vous de la semaine : j’ai la chance de rencontrer l’une des femmes les plus charmantes et actives dans le domaine de l’Open Science : Kaitlin Thaney. Cette jeune femme, a déjà travaillé, entre autres, pour le Science Project de Creative Commons et se retrouve aujourd’hui à la tête du Mozilla Science Lab. Ce projet permet à Kaitlin et son équipe de faire se rencontrer l’Open Science et l’Open Web dont la Fondation Mozilla est un acteur majeur.

Le Mozilla Science Lab reflète les valeurs de cette communauté et par essence celle de l’OpenWeb : ouverture, éthique open source, et importance de la coopération. En ayant comme porte d’entrée les technologies open, le Mozilla Science Lab souhaite aider à la coordination, la fédération des initiatives et outils développés en Open Science. Kaitlin, dans un de ses derniers articles,  dont je reprends certaines parties dans ce texte, explique clairement le bien-fondé de cette mission. Le manque de coordination, et de communication avec d’autres initiatives, amène souvent à la duplication de projets. Il est donc nécessaire de favoriser de nouvelles collaborations et une plus grande interopérabilité. Cela peut, par exemple, permettre d’adapter un outil existant dans un champ scientifique pour un autre domaine sans devoir repartir de zéro.

Donner les clefs de compréhension de tels outils est aussi un but majeur du Mozilla Science Lab. La Science devient de plus en plus computationnelle, la recherche dépend de plus en plus de l’analyse de jeux de données. Les scientifiques doivent avoir toutes les cartes en main pour comprendre ce qu’ils produisent, analysent. Et cela passe par une formation sur les outils et les technologies sous-jacentes.

Kaitlin Thaney avec ce projet aide la recherche en général à s’adapter aux enjeux technologiques de son temps. Mais mieux encore, elle place l’Open Science comme une brique essentielle de ces nouvelles pratiques de recherche.

 “Il est clair qu’il existe un besoin majeur de coordination, d’interopérabilité et d’une meilleure communication pour ce nouvel espace, que l’on construise des infrastructures digitales relevant d’une approche computationnelle performante, ou que l’on cherche de nouveaux outils (open source) pour la visualisation ou encore que l’on cherche de nouvelles pratiques (plus ouvertes) en recherche.”

Extrait traduit de l’article de Kaitlin Thaney : Our plan for the Science Lab : version 1.0 

Interaction Sciences et Société : quelques projets inspirants

Après cette première rencontre, Mozilla a recroisé plusieurs fois ma route à New York. Bien que les « quartiers généraux » de Mozilla soient à San Francisco, la communauté new yorkaise semble très active. J’ai ainsi découvert le projet OpenArt soutenu par Mozilla lors de ma visite au centre technologique et artistique EyeBeam. Cette espace offre des résidences et des bourses à des artistes mêlant dans leurs travaux art et technologies. Eyebeam se décrit comme un incubateur de créativité, un accélérateur de rencontres mais aussi un lieu d’expérimentation et de recherche avec comme toile de fond une culture « Open ». Le projet « Open Art » lancé par EyeBeam et Mozilla se trouve à l’intersection de l’art et de l’OpenWeb. Deux sphères qui se rencontrent et créent des étincelles.

eyebeam

Eyebeam : art and technology center

Public Lab : du DIY au service de l’environnement

Le partage et le regroupement de personnes autour d’un centre d’intérêt m’a semblé être un point majeur à New York. Le mouvement « Occupy Wall Street » qui a pris racine ici, il y a maintenant presque 2 ans, y est sûrement pour quelque chose. Concernant  l’Open Science, j’ai notamment rencontré la cofondatrice de Public Lab : Liz Barry. Avec 6 autres co-fondateurs, Liz a décidé après la marée noire de mai 2010 à La Nouvelle-Orléans de fédérer une communauté autour de questions environnementales. En effet, Public Lab prototype de nouveaux outils et kits DIY pour donner à chaque citoyen la possibilité de collecter des données concernant leur environnement. La plateforme offre aussi la possibilité de partager ses données et de les analyser collaborativement. La façon dont Public Lab s’organise est bien rôdée : une liste de diffusion pour les questions, un wikinode pour poser les premières pierres d’un projet, et la page wiki pour les descriptions détaillées du prototype etc. Tout est open hardware et open source. Le but de ce projet pour Liz Barry est de donner les moyens et outils à tous les citoyens pour faire valoir leur expertise et leur connaissance pointue sur leur environnement. Ce qui fait la force d’un tel mouvement, c’est la mise en commun des compétences de chacun et l’engagement de tous face à un intérêt commun.

Project Noah : retrouver le goût et la curiosité pour les sciences

D’autres rencontres lors de la semaine ont illustré la création de communauté en lien avec la science, que cela soit pour la recherche ou sa communication. C’est le cas par exemple de Project Noah. Cette plateforme permet à tous les curieux de partager des photos, prises près de chez eux, d’animaux ou de plantes. Le réseau est international et l’on découvre ainsi sur le site la diversité phénoménale de la faune et de la flore de notre planète.

En plus des férus de photos, des amateurs de zoologie s’amusent sur le site à reconnaître précisément chaque espèce. Yasser Ansari a crée ce projet il y a quelques années. Pour lui, nous sommes tous nés avec l’âme d’un chercheur. La curiosité et la soif de comprendre sont présentes chez bien des enfants. Son but avec Project Noah est de redonner goût aux sciences et créer un engagement fort autour de la science. Je vous invite à écouter son interview qui est des plus rafraîchissantes..

Genspace : Biohacking à New York

Pour découvrir d’autres projets liant science et société, voici l’interview de Oliver Medvedik de GenSpace un des premiers biohackserpaces ( décembre 2010).

Et pour connaître ce qui se passe en France en terme de biohacking, voici le TED de Thomas Landrain co-fondateur de La Paillasse.

Wikipedia : un levier majeur pour l’OpenScience

A noter les propos de Lane Rasberry sur Wikipédia. Il considère cette plateforme connue de tous comme un formidable levier de communication sur la santé et la médecine.

A ce sujet, un wikisprint, évènement spécial d’une journée pour contribuer à enrichir le contenu de wikipedia se mettra en place prochainement.. Le projet a été proposé dans le cadre de la conférence OKcon ( Open Knowledge Conference) le jeudi 19 septembre. Si cela vous intéresse de participer, vous pouvez voter ici pour le projet.

Citizen Science : Richesse et diversité des initiatives

Quel terme peut-on utiliser pour définir ces initiatives ? Science citoyennes, participatives, collaborative ou bien l’équivalent anglais citizen science ? Il est difficile de catégoriser ce type de projets. Les formes et les formats varient. De même que le degré d’implication et d’interaction avec le monde de la recherche. Il est tout aussi difficile de classer les différents espaces innovants et ouverts : hackerspaces, makerspaces, etc. Je l’avais évoqué dans le billet Semaine Open Science à San Francisco : un cocktail impressionnant de rencontres et de lieux.

Cette caractéristique s’explique peut-être par l’essence même de tels projets. Ils se basent sur l’engagement de personnes formant ainsi une communauté autour d’un sujet d’intérêt. Chaque regroupement est différent et fournit une identité propre et spécifique à chaque projet. Le point de départ commun à cette myriade d’initiatives est la notion de mission et de valeurs communes. Puis, c’est le travail collaboratif et les interactions entre des acteurs aux compétences diverses qui façonnent ces projets et leur donnent vie.

Avec ces initiatives, la frontière entre Science et Société devient ainsi plus poreuse. Cela ne revient pas à dire que tout citoyen est un chercheur ! Le but est plutôt de créer un dialogue et une compréhension. Aux chercheurs d’accepter l’expertise de sphères non scientifiques sur certains sujets. A nous tous d’avoir la curiosité de prendre part à de telle initiatives (il y en a pour tous les goûts !) et lever le voile qui sépare les processus de recherche du reste de la société.

 

Merci à Guillaume Dumas et Matthieu Lechanjour pour les relectures.

 

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